A quelques dizaines de kilomètres d'Ajaccio en Corse, sur une route peu fréquentée, nous avons rencontré André Mameli un agriculteur bio sur l'Île de Beauté. Il a le regard noir et la carrure impressionnante des gens qui travaillent dur pour faire vivre leur rêve. Agriculteur depuis 1984 et certifié par Ecocert en 2000 "par conviction", André Mameli et sa femme Mireille se lèvent à 5 heures tous les matins et ne prennent jamais de vacances. "Nous n'avons pas de vie" déclarait Mireille le matin même derrière son kiosque au marché du centre-ville d'Ajaccio. Les Mameli gèrent seuls le troupeau de 200 brebis de race corse et la culture du petit potager de 500 m2 composé principalement de fruits et légumes anciens.
Leur travail est complexifié par le manque d'eau. Le réseau hydraulique est à 2 km seulement mais les pouvoirs publics tardent à faire venir l'eau jusqu'aux exploitations agricoles. "Le projet présenté à la commune coûterait 2 millions d'euros, le prix d'un rond point", explique André qui ajoute dans la foulée que "les politiques ne veulent plus d'agriculteurs en Corse et préfèrent financer la construction de gîtes ruraux plutôt que l'achat d'une machine à traire".
En attendant, André arrose comme il peut, grâce entre autre à son petit puit qu'il a fait creuser mais cela ne suffit pas. Pour compenser le manque d'eau, il recouvre son potager avec la laine de ses brebis pour conserver l'humidité de la terre. A cause de l'aridité du sol, ses brebis produisent en moyenne 80 litres de lait par jour, contre environ 200 litres pour un agriculteur bio du Nord de la France. A ce rythme là , difficile de concurrencer les citernes de lait des industriels aveyronnais qui arrivent du continent par dizaines de milliers de litres.
Il faut dire qu'il suffit de faire l'affinage en Corse pour que la mention "Fromage Corse" soit inscrite sur l'emballage. Une injustice qui devrait être rétablie dans les prochaines années grâce à la mise en place d'Appellations d'Origine Contrôlées (AOC) pour les fromages corses. Mais André et Mireille ne se plaignent pas. Il savent que la qualité de leurs produits n'ont absolument rien à envier aux pâles copies industrielles.
Et la relève? En Corse, pour treize départs à la retraite un seul jeune s'installe comme agriculteur. Avec la pression immobilière sur les terrains agricoles et le manque d'intérêt des politiques qui rêvent la Corse en station balnéaire de luxe, le futur du terroir corse est incertain. Espérons que l'intelligence, la ténacité et la force de travail des Mameli et compagnie renverseront la vapeur, et ce pour le bien-être de tous.
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