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A propos de l'auteur

Marco Fortier

Marco Fortier est un chroniqueur politique reconnu au Québec. En temps normal, il œuvre pour Le Journal de Montréal, le plus important quotidien du Québec. Mais depuis le 24 janvier 2009, son employeur a décrété un lock-out (ça existe en Amérique!) et a mis 253 employés sur le trottoir. Les journalistes ont répliqué en créant leur propre site d'information sur le Net, Rue Frontenac.com. Marco Fortier a décidé de profiter de ce moment difficile pour réaliser un vieux rêve : faire le tour de l'Asie en un an avec sa femme et ses deux enfants. Il nous a permis de reprendre ses chroniques de voyage sous forme de blog sur LeCoinBio.com


Non merci, pas besoin de cravate de soie...
Écrit par Marco Fortier   
Mardi, 27 Octobre 2009 08:10

Voyage en famille à BangkokBANGKOK - Nous avons dit adieu à notre petite cabane de paille sur le bord de la mer. Fini le vent du large, le bruit des vagues, le cri des singes et des oiseaux, le hamac, le poisson grillé.

Bye bye, Ko Chang. Une île couverte de forêt tropicale avec des lianes, des serpents, des éléphants, des chutes spectaculaires. À une demi-journée de route et 45 minutes de traversier de Bangkok, dans le golfe de Thaïlande.

Agréable. À cause des gens. On a fait de belles rencontres. Bye bye Tônta, ado de 35 ans, cheveux aux épaules, amuseur public, joueur de guitare, «fabriqueur» de calligraphie chinoise, aménageur de paysages, qui travaille probablement moins vite qu'un escargot. Prends ton temps, Tônta. Merci d'avoir conduit Isabelle, Émilie et notre amie suédoise, Jessica, à l'hôpital l'autre soir à minuit (non, elles n'y allaient pas pour se faire vacciner contre la grippe A-H1N1).

Bye bye Joh. Tu es une oeuvre d'art avec tes tatouages sur la nuque, ton os dans le lobe d'oreille droite, tes yeux plus noirs que la nuit et tes cheveux... comment dire... tes cheveux, c'est ça.

Bye bye, Nongrat Kokuea. Tu as publié un super beau livre pour enfants, Petit rayon de soleil, et tu l'as offert aux filles. Elles n'ont pas encore appris le thaïlandais, mais elles comprennent tout. Merci.

Bye bye nos amis suédois, Jessica, Fredrik, Edith et Sigvald. Quel repas sur la plage, le dernier soir. Je me demande encore comment on a fait pour traverser la rivière sur le radeau, après toutes ces bières et tous ces drinks fluo bleu et jaune. Heureusement, il faisait tellement noir que les crocodiles ne nous ont pas vus.

Bye bye nos amis australiens, Jody, Chris, Grace et Ruby, qui vivez avec les plus pauvres des plus pauvres dans un bidonville à Bangkok.

Voyage en famille à BangkokDans la jungle de béton

Bye bye, Ko Chang. C'était bien beau, le paradis perdu au milieu de nulle part. Mais après deux semaines et demie, il était temps de revenir dans la vraie vie. Dans la vraie jungle. Bangkok.

Je commence à prendre goût à cette mégapole tentaculaire, chaotique, qui s'affale sur nous comme une tonne de chaleur. Je les ai toutes vues les grandes villes du monde, vous ne trouverez pas voyageur plus blasé que moi, mais Bangkok m'interpelle. Je ne comprends rien à rien ici, je perds le nord, les odeurs me rentrent dedans, je ne sais pas où vont ces 12 millions de personnes qui marchent, roulent ou flottent dans toutes les directions.

L'autobus climatisé à deux étages nous ramène en ville au soleil couchant. En entrant par l'autoroute à 12 voies — six dans chaque direction —, le béton s'étale à perte de vue dans tous les sens.

Béton des autoroutes, béton du SkyTrain, métro de surface qui survole les bouchons de circulation de la nouvelle ville, béton des gratte-ciel qui poussent un peu partout. De temps en temps, un temple au toit doré perce la mer de ciment et d'acier et pointe vers le ciel les bons voeux de Bouddha.

L'autocar quitte «l'échangeur Turcot» qui surplombe la ville et descend vers les vieux quartiers paralysés par l'heure de pointe. Motos, mobylettes, autobus et taxis brillants comme des sous neufs jouent du coude dans les rues de trois voies à sens unique, bordées d'immeubles de quatre ou cinq étages.

Oui, vous avez bien lu: «taxis brillants comme des sous neufs»! Incroyable: les taxis sont propres! Moi qui croyais qu'un taxi était forcément une patente à moitié tout croche affichant avec nonchalance ses 450 000 kilomètres au compteur... Mais on n'est pas à Mourial* ici.

Voyage en famille à BangkokChair à vendre, cuite ou fraîche

Le spectacle le plus fascinant prend place sur les trottoirs, tous les trottoirs. Partout, des marchands ambulants se partagent le moindre espace vital.

Ce que je les aime, les marchands ambulants de Bangkok. Je vous en ai parlé l'autre jour: ils cuisinent le meilleur riz frit aux crevettes, les meilleures nouilles au riz, les meilleures ailes de poulet, le meilleur poisson grillé. Aux plus petits prix. Ils sont même en train de me faire aimer le tofu, c'est bien pour dire.

Ici, on nourrit toute la famille, incluant deux grosses Chang bien froides, pour moins cher qu'un plat de riz sur le bord de la mer à Ko Chang. Parfait pour un gars en lock-out et sa famille.

Je vous parle des marchands ambulants, ma perspicacité légendaire de grand reporter (hum hum...) m'a aussi permis de repérer quelques marchandes ambulantes de chair plus ou moins fraîche. Il faudra bien que je vous en parle un jour. Elles sont partout, partout, partout, les marchandes ambulantes de chair plus ou moins fraîche. Sans doute la plus grosse industrie de Thaïlande.

En tout cas. Nous voilà dans le quartier des routards, Banglamphu, où l'autobus nous dépose avec nos sacs à dos. On a l'impression de rentrer chez nous après nos 20 jours à la mer. Il y a plus de monde dans la ruelle Soi Rambuttri. La saison des pluies a pris fin, les touristes ont commencé à débarquer.

Revoici la cour de notre petit hôtel, l'étang à poissons rouges, les vendeurs de costumes sur mesure «Armani», «Hugo Boss», «Versace»...

— Welcome back my friend. You want a nice jacket with a silk tie?

— Merci beaucoup my friend, tu ne peux pas imaginer à quel point je n'ai jamais eu aussi peu besoin de nice jacket with une cravate de soie.

Je prendrais bien une bière, par exemple. Et une douche. Il ne fait pas chaud ici. Il fait lourd.


* Montréal


Photo 1: Marchands de bouffe dans la rue à Bangkok.

Photo 2: Une famille regarde la télé sur le trottoir à Bangkok.

Photo 3: Chasse aux crabes sur la plage avant la tombée de la nuit.

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