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BANGKOK - Nous avons dit adieu à notre petite cabane de paille sur le
bord de la mer. Fini le vent du large, le bruit des vagues, le cri des
singes et des oiseaux, le hamac, le poisson grillé.
Bye bye, Ko Chang. Une île couverte de
forêt tropicale avec des lianes, des serpents, des éléphants, des
chutes spectaculaires. À une demi-journée de route et 45 minutes de
traversier de Bangkok, dans le golfe de Thaïlande.
Agréable. À cause des gens. On a fait de
belles rencontres. Bye bye Tônta, ado de 35 ans, cheveux aux épaules,
amuseur public, joueur de guitare, «fabriqueur» de calligraphie
chinoise, aménageur de paysages, qui travaille probablement moins vite
qu'un escargot. Prends ton temps, Tônta. Merci d'avoir conduit
Isabelle, Émilie et notre amie suédoise, Jessica, à l'hôpital l'autre
soir à minuit (non, elles n'y allaient pas pour se faire vacciner
contre la grippe A-H1N1).
Bye bye Joh. Tu es une oeuvre d'art avec
tes tatouages sur la nuque, ton os dans le lobe d'oreille droite, tes
yeux plus noirs que la nuit et tes cheveux... comment dire... tes
cheveux, c'est ça.
Bye bye, Nongrat Kokuea. Tu as publié un super beau livre pour enfants, Petit rayon de soleil, et tu l'as offert aux filles. Elles n'ont pas encore appris le thaïlandais, mais elles comprennent tout. Merci.
Bye bye nos amis suédois, Jessica,
Fredrik, Edith et Sigvald. Quel repas sur la plage, le dernier soir. Je
me demande encore comment on a fait pour traverser la rivière sur le
radeau, après toutes ces bières et tous ces drinks fluo bleu et jaune.
Heureusement, il faisait tellement noir que les crocodiles ne nous ont
pas vus.
Bye bye nos amis australiens, Jody,
Chris, Grace et Ruby, qui vivez avec les plus pauvres des plus pauvres
dans un bidonville à Bangkok.
Dans la jungle de béton
Bye bye, Ko Chang. C'était bien beau, le
paradis perdu au milieu de nulle part. Mais après deux semaines et
demie, il était temps de revenir dans la vraie vie. Dans la vraie
jungle. Bangkok.
Je commence à prendre goût à cette
mégapole tentaculaire, chaotique, qui s'affale sur nous comme une tonne
de chaleur. Je les ai toutes vues les grandes villes du monde, vous ne
trouverez pas voyageur plus blasé que moi, mais Bangkok m'interpelle.
Je ne comprends rien à rien ici, je perds le nord, les odeurs me
rentrent dedans, je ne sais pas où vont ces 12 millions de personnes
qui marchent, roulent ou flottent dans toutes les directions.
L'autobus climatisé à deux étages nous
ramène en ville au soleil couchant. En entrant par l'autoroute à 12
voies — six dans chaque direction —, le béton s'étale à perte de vue
dans tous les sens.
Béton des autoroutes, béton du SkyTrain,
métro de surface qui survole les bouchons de circulation de la nouvelle
ville, béton des gratte-ciel qui poussent un peu partout. De temps en
temps, un temple au toit doré perce la mer de ciment et d'acier et
pointe vers le ciel les bons voeux de Bouddha.
L'autocar quitte «l'échangeur Turcot»
qui surplombe la ville et descend vers les vieux quartiers paralysés
par l'heure de pointe. Motos, mobylettes, autobus et taxis brillants
comme des sous neufs jouent du coude dans les rues de trois voies à
sens unique, bordées d'immeubles de quatre ou cinq étages.
Oui, vous avez bien lu: «taxis brillants
comme des sous neufs»! Incroyable: les taxis sont propres! Moi qui
croyais qu'un taxi était forcément une patente à moitié tout croche
affichant avec nonchalance ses 450 000 kilomètres au compteur... Mais
on n'est pas à Mourial* ici.
Chair à vendre, cuite ou fraîche
Le spectacle le plus fascinant prend
place sur les trottoirs, tous les trottoirs. Partout, des marchands
ambulants se partagent le moindre espace vital.
Ce que je les aime, les marchands
ambulants de Bangkok. Je vous en ai parlé l'autre jour: ils cuisinent
le meilleur riz frit aux crevettes, les meilleures nouilles au riz, les
meilleures ailes de poulet, le meilleur poisson grillé. Aux plus petits
prix. Ils sont même en train de me faire aimer le tofu, c'est bien pour
dire.
Ici, on nourrit toute la famille,
incluant deux grosses Chang bien froides, pour moins cher qu'un plat de
riz sur le bord de la mer à Ko Chang. Parfait pour un gars en lock-out
et sa famille.
Je vous parle des marchands ambulants,
ma perspicacité légendaire de grand reporter (hum hum...) m'a aussi
permis de repérer quelques marchandes ambulantes de chair plus ou moins
fraîche. Il faudra bien que je vous en parle un jour. Elles sont
partout, partout, partout, les marchandes ambulantes de chair plus ou
moins fraîche. Sans doute la plus grosse industrie de Thaïlande.
En tout cas. Nous voilà dans le quartier
des routards, Banglamphu, où l'autobus nous dépose avec nos sacs à dos.
On a l'impression de rentrer chez nous après nos 20 jours à la mer. Il
y a plus de monde dans la ruelle Soi Rambuttri. La saison des pluies a
pris fin, les touristes ont commencé à débarquer.
Revoici la cour de notre petit hôtel,
l'étang à poissons rouges, les vendeurs de costumes sur mesure
«Armani», «Hugo Boss», «Versace»...
— Welcome back my friend. You want a nice jacket with a silk tie?
— Merci beaucoup my friend, tu ne peux
pas imaginer à quel point je n'ai jamais eu aussi peu besoin de nice
jacket with une cravate de soie.
Je prendrais bien une bière, par exemple. Et une douche. Il ne fait pas chaud ici. Il fait lourd.
* Montréal
Photo 1: Marchands de bouffe dans la rue à Bangkok.
Photo 2: Une famille regarde la télé sur le trottoir à Bangkok. Photo 3: Chasse aux crabes sur la plage avant la tombée de la nuit.
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