Toutes les études épidémiologiques le confirment : l’allaitement
maternel est bien le choix santé en matière d’alimentation infantile !
Et plus il dure, plus ses bienfaits sont grands. Malheureusement, trop souvent la reprise du travail empêche d’allaiter
plus de quelques semaines et oblige à sevrer. En fait – de plus en
plus de femmes le démontrent jour après jour – il est tout à fait
possible de poursuivre l’allaitement en travaillant.
Dans son nouveau "Petit guide de l'allaitement pour la mère qui travaille", Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau - animatrice à la Leche League France - détaille les différentes options possibles pour continuer l'allaitement, même après ma reprise du travail:
- Allaiter à la demande dès qu’on a l'enfant avec soi (matin, soir, nuit, jours de congé, vacances…) ;Â
- Aller l’allaiter dans la journée, s’il est gardé non loin du lieu de travail, voire sur le lieu de travail (crèche d’entreprise) ;Â
- Tirer son lait, pour qu’il lui soit
donné par les personnes qui le gardent, si l’on souhaite qu’il continue
de bénéficier d’un allaitement exclusif. Un large chapitre est consacré
à cette dernière option : comment tirer son lait, où, quand et avec quoi,
comment le conserver, etc.
En annexe, un état de la législation en la matière est disponible pour la France, la Suisse, la Belgique et le Québec.
A l'occasion de la sortie de ce livre, LeCoinBio en a profité pour poser quelques questions à l'auteur, Madame Didierjean-Jouveau.
Est-ce que l'allaitement prolongé, même après la reprise du travail, est un choix fait par de plus en plus de femmes?
Même s'il est impossible de donner un chiffre, les associations de terrain observent que les femmes sont effectivement de plus en plus nombreuses à savoir qu’il est possible de continuer à allaiter après la reprise du travail. Et de plus en plus nombreuses à passer à l’acte.
Globalement, quelle est la réaction des employeurs?
La réaction des employeurs n'est pas toujours très claire, car ils sont généralement très mal informés sur le sujet. Les femmes qui continuent l'allaitement sans tirer leur lait sur le lieu de travail passent généralement inaperçues. Par contre, lorsqu'elles demandent à exercer leur droit de prendre les "pauses d'allaitement", il leur faut parfois se battre pour s'imposer.
Aux Etats-Unis, où le congé maternité payé est quasiment inexistant, continuer l'allaitement veut automatiquement dire tirer son lait. Et beaucoup d'employeurs y voit leur intérêt. Lorsque la Compagnie Générale de l’Eau et de l’Electricité de Los Angeles a mis en place un programme d’aide à l’allaitement pour ses employées, elle a constaté une baisse de 27 % de l’absentéisme maternel et une diminution de 35 % des dépenses de santé pour les enfants.
Au niveau législatif en France, quelles sont les dispositifs qui accompagnent et protègent les femmes qui font ce choix? Est-ce qu'elles peuvent par exemple s'absenter pour aller donner le sein?
Le code du travail prévoit que "pendant une année à compter du jour de la naissance, la salariée allaitant son enfant dispose à cet effet d’une heure par jour pendant les heures de travail" (voir articles L. 1225-30 à L. 1225-32). Certaines femmes utilisent cette heure pour aller allaiter leur bébé s'il est gardé à proximité voire sur le lieu de travail (crèche d'entreprise), d'autres l'utilisent pour tirer leur lait.
Les tire-lait sont loin de faire l'unanimité chez les nouvelles mamans. Peuvent-ils réellement être utilisés au quotidien dans le cadre d'un allaitement prolongé? Si oui, alors quels sont vos conseils pour y parvenir sans trop d'encombre?
Il y a tire-lait et tire-lait. Les femmes qui en ont un mauvais souvenir ont généralement utilisé un tire-lait électrique vieux comme Hérode qui peut effectivement être douloureux et/ou inefficace. Un bon tire-lait ne doit pas faire mal. Certains modèles ne permettent pas de régler facilement la force d’aspiration et sont donc à éviter. Un bon tire-lait doit être efficace, à savoir déclencher rapidement le réflexe d’éjection, et permettre à la mère de tirer son lait relativement rapidement. De ce point de vue, les tire-lait à double pompage, qui permettent de tirer les deux seins simultanément, sont bien sûr à recommander.
Avec un bon tire-lait, on peut effectivement tirer son lait pendant des mois sans problème.
A savoir : on peut aussi tirer à la main (cela devrait être montré à la maternité, car cela peut toujours servir).
Est-ce que les crèches publiques et privées sont obligées d'accepter le lait maternel tiré?
Une majorité de crèches acceptent sans problème de donner du lait maternel tiré, mais certaines refusent sous de faux prétextes sanitaires. Une pétition a donc été lancée sur Internet demandant qu’un texte national soit adopté, pour que cette possibilité ne soit plus laissée au bon vouloir des autorités locales, et que ce qui est possible dans telle commune ne puisse plus être refusé dans la commune voisine.
N'y a-t-il pas un risque de perturber le bébé qui vit à la fois la séparation d'avec sa mère, mais qui en même temps, continue de tété et donc d'être dans une relation fusionnelle avec elle?
Bien au contraire. Les bébés arrivent très bien à faire à la différence entre "quand je suis avec maman et que je peux téter" et "quand maman n'est pas là et que j'ai autre chose". Est-ce qu'on irait dire à une mère qu'il faut qu'elle arrête de faire des câlins à son bébé parce qu'à la crèche, il n'en aura pas ?
Enfin, à quels endroits les mamans peuvent s'adresser pour être soutenues dans ce choix?
Le meilleur endroit où trouver information et soutien est sans aucun doute les groupes de soutien à l'allaitement, tels ceux de La Leche League (voir aussi son site, www.lllfrance.org riche d'informations sur le sujet).
"Petit guide de l'allaitement pour la mère qui travaille", de Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau est publié aux
éditions Jouvence, 192 pages, 9,50 €.
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