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KATMANDOU, Népal – Par le hublot du vieux Boeing 757 qui nous emmène
vers Katmandou, une pyramide monumentale émerge au-dessus des nuages :
le mont Everest, et bientôt toute la chaîne de l'Himalaya, s'étale dans
l'horizon.
Je cherche les mots pour décrire la
splendeur de cette forteresse qui fraie avec les avions à réaction,
dans l'air dépourvu d'oxygène, à 50° sous zéro.
Si vous trippez montagne comme moi, vous
reconnaîtrez cette émotion qui vous submerge à la seule vue d'un
sommet, n'importe lequel, encore plus s'il se dresse dans l'Himalaya.
Une euphorie, un respect devant tant de beauté, de puissance, de calme
et d'agitation à la fois. Une envie irrésistible d'y aller, de marcher,
longtemps, tout simplement.
Quand l'avion touche la piste
d'atterrissage après avoir survolé cinq pays (Thaïlande, Birmanie,
Bangladesh, Inde, Népal), on pénètre dans un autre monde. Après un mois
sous les tropiques en Asie du Sud-Est, nous voici dans l'orbite du
sous-continent indien, dans un minuscule pays parmi les plus pauvres de
la terre, coincé dans l'ombre de géants : l'Inde, la Chine, l'Himalaya.
Le choc est brutal dès qu'on met les
pieds hors de l'aéroport. C'est ma troisième fois au Népal. Je suis
encore plus sonné qu'à ma visite précédente, il y a une décennie.
Au moins 12 passagers et leurs bagages,
sinon plus, s'entassent dans la minifourgonnette qui fonce vers le
centre de Katmandou. Marianne, 6 ans : « C'est pas comme en Thaïlande,
hein papa. Les voitures roulent vite et klaxonnent tout le temps. »
Tu as raison, Marianne. Ça conduit comme
des malades. Les Népalais perdent toute forme d'intelligence derrière
un volant. Il n'y a pas d'autres mots. La règle : chacun fonce dans le
tas, le plus vite possible, en klaxonnant à tue-tête.
Dans le soleil couchant, un spectacle
hallucinant prend place sur la route poussiéreuse. Des milliers de gens
à pied, à moto, à vélo, en auto, se jettent à corps perdu sur le chemin
plongé dans la noirceur presque totale. Panne d'électricité.
Des feux de camp improvisés lancent une
lumière blafarde dans la nuit. Juste assez pour distinguer les poules,
les coqs, les chiens et les vaches sacrées qui se taillent une place
dans la cohue.
Les gens toussent et crachent partout à
cause de l'épais nuage de poussière et de fumée qui enveloppe la ville.
Nous nous joignons nous aussi au concert de toux, les yeux en feu, la
gorge encrassée. J'ai mal aux poumons. Nous sommes au Népal depuis une
demi-heure. Le repaire des montagnards
Nous débarquons au Kathmandu Guest
House, lieu mythique qui a accueilli Reinhold Messner, Peter Hadeler et
tous les grands alpinistes depuis 50 ans. Dans le hall paré de
sculptures de bois massif, je distingue les montagnards des touristes
ordinaires : ils ont plus de rides, le teint plus foncé et ils sont
« bâtis sur un frame* de chat », comme disait mon ami Mike (pour me décrire).
Les alpinistes ont aussi cette étincelle, cette drive**,
ils bougent sans arrêt en ayant l'air immobiles. J'en vois qui
planifient leur expédition avec leur sherpa. Les sherpas, ce sont les
petits hommes aux yeux bridés qui fument des cigarettes sur le flanc de
l'Everest, à 8 000 mètres d'altitude, avec un sac de 30 kilos sur le
dos.
Le Kathmandu Guest House a perdu notre
réservation. Il a perdu les réservations de tout le monde qui
s'entassait dans le minibus. C'est complet, évidemment. Le Lonely
Planet avait raison : trop de clients, ça tue un business.
On aboutit dans un hôtel moins que
sympathique à cinq minutes de marche. 40 $ US la nuit. Vol qualifié.
Voulez-vous aussi nos pantalons et nos bobettes***, une fois partis ?
Pas grave, on a du fun. On voulait de l'aventure, on a de l'aventure. Toilettes népalaises 101
On se fraie un chemin jusqu'au restaurant de l'hôtel Utse. Une institution, fondée par une famille de réfugiés tibétains.
Le lobby de l'hôtel ressemble à une lodge
qu'on retrouve sur les sentiers de l'Himalaya. Une photo du dalaï-lama,
des sculptures de lions, des rideaux aux tons de vert, bleu et blanc.
Des bancs plutôt bas adossés à de grandes fenêtres en bois.
Les momos – sorte de raviolis fourrés
aux légumes ou à la viande de yack – sont aussi succulents que la
dernière fois. Enfin, succulent est un bien grand mot.
Émilie : « Papa, j'ai envie de pipi. »
Elle se rend aux toilettes avec maman.
« Papa, je n'ai plus envie. Je vais attendre à l'hôtel. »
Pauvre Émilie. Introduite aux toilettes népalaises à 4 ans. Un supplice. Un calvaire. Et elle n'a encore rien vu...
Photo 1: Des chandelles veillent sur la ville à l'heure de pointe du soir à Katmandou. Photo Marco Fortier.
Photo 2: Le mont Everest se profile, loin, très loin par le hublot du Boeing qui nous emmène au Népal. Photo Marco Fortier. Photo 3: Ça joue du coude dans les rues étroites de la vieille ville de Katmandou.Photo Marco Fortier. Photo 4: Bouddha vous regarde dans un des nombreux temples de Katmandou.Photo Marco Fortier.
* Frame: structure. ** Drive: énergie. *** Bobettes: petites culottes.
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