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A propos de l'auteur

Marco Fortier

Marco Fortier est un chroniqueur politique reconnu au Québec. En temps normal, il œuvre pour Le Journal de Montréal, le plus important quotidien du Québec. Mais depuis le 24 janvier 2009, son employeur a décrété un lock-out (ça existe en Amérique!) et a mis 253 employés sur le trottoir. Les journalistes ont répliqué en créant leur propre site d'information sur le Net, Rue Frontenac.com. Marco Fortier a décidé de profiter de ce moment difficile pour réaliser un vieux rêve : faire le tour de l'Asie en un an avec sa femme et ses deux enfants. Il nous a permis de reprendre ses chroniques de voyage sous forme de blog sur LeCoinBio.com


Dans la cohue de Katmandou
Écrit par Marco Fortier   
Lundi, 09 Novembre 2009 13:46

Népal katmandouKATMANDOU, Népal – Par le hublot du vieux Boeing 757 qui nous emmène vers Katmandou, une pyramide monumentale émerge au-dessus des nuages : le mont Everest, et bientôt toute la chaîne de l'Himalaya, s'étale dans l'horizon.

Je cherche les mots pour décrire la splendeur de cette forteresse qui fraie avec les avions à réaction, dans l'air dépourvu d'oxygène, à 50° sous zéro.

Si vous trippez montagne comme moi, vous reconnaîtrez cette émotion qui vous submerge à la seule vue d'un sommet, n'importe lequel, encore plus s'il se dresse dans l'Himalaya. Une euphorie, un respect devant tant de beauté, de puissance, de calme et d'agitation à la fois. Une envie irrésistible d'y aller, de marcher, longtemps, tout simplement.

Everest Népal KatmandouQuand l'avion touche la piste d'atterrissage après avoir survolé cinq pays (Thaïlande, Birmanie, Bangladesh, Inde, Népal), on pénètre dans un autre monde. Après un mois sous les tropiques en Asie du Sud-Est, nous voici dans l'orbite du sous-continent indien, dans un minuscule pays parmi les plus pauvres de la terre, coincé dans l'ombre de géants : l'Inde, la Chine, l'Himalaya.

Le choc est brutal dès qu'on met les pieds hors de l'aéroport. C'est ma troisième fois au Népal. Je suis encore plus sonné qu'à ma visite précédente, il y a une décennie.

Au moins 12 passagers et leurs bagages, sinon plus, s'entassent dans la minifourgonnette qui fonce vers le centre de Katmandou. Marianne, 6 ans : « C'est pas comme en Thaïlande, hein papa. Les voitures roulent vite et klaxonnent tout le temps. »

Tu as raison, Marianne. Ça conduit comme des malades. Les Népalais perdent toute forme d'intelligence derrière un volant. Il n'y a pas d'autres mots. La règle : chacun fonce dans le tas, le plus vite possible, en klaxonnant à tue-tête.

Dans le soleil couchant, un spectacle hallucinant prend place sur la route poussiéreuse. Des milliers de gens à pied, à moto, à vélo, en auto, se jettent à corps perdu sur le chemin plongé dans la noirceur presque totale. Panne d'électricité.

Des feux de camp improvisés lancent une lumière blafarde dans la nuit. Juste assez pour distinguer les poules, les coqs, les chiens et les vaches sacrées qui se taillent une place dans la cohue.

Les gens toussent et crachent partout à cause de l'épais nuage de poussière et de fumée qui enveloppe la ville. Nous nous joignons nous aussi au concert de toux, les yeux en feu, la gorge encrassée. J'ai mal aux poumons. Nous sommes au Népal depuis une demi-heure.

Népal KatmandouLe repaire des montagnards

Nous débarquons au Kathmandu Guest House, lieu mythique qui a accueilli Reinhold Messner, Peter Hadeler et tous les grands alpinistes depuis 50 ans. Dans le hall paré de sculptures de bois massif, je distingue les montagnards des touristes ordinaires : ils ont plus de rides, le teint plus foncé et ils sont « bâtis sur un frame* de chat », comme disait mon ami Mike (pour me décrire).

Les alpinistes ont aussi cette étincelle, cette drive**, ils bougent sans arrêt en ayant l'air immobiles. J'en vois qui planifient leur expédition avec leur sherpa. Les sherpas, ce sont les petits hommes aux yeux bridés qui fument des cigarettes sur le flanc de l'Everest, à 8 000 mètres d'altitude, avec un sac de 30 kilos sur le dos.

Le Kathmandu Guest House a perdu notre réservation. Il a perdu les réservations de tout le monde qui s'entassait dans le minibus. C'est complet, évidemment. Le Lonely Planet avait raison : trop de clients, ça tue un business.

On aboutit dans un hôtel moins que sympathique à cinq minutes de marche. 40 $ US la nuit. Vol qualifié. Voulez-vous aussi nos pantalons et nos bobettes***, une fois partis ?

Pas grave, on a du fun. On voulait de l'aventure, on a de l'aventure.

Temple bouddhiste Katmandou NépalToilettes népalaises 101

On se fraie un chemin jusqu'au restaurant de l'hôtel Utse. Une institution, fondée par une famille de réfugiés tibétains.

Le lobby de l'hôtel ressemble à une lodge qu'on retrouve sur les sentiers de l'Himalaya. Une photo du dalaï-lama, des sculptures de lions, des rideaux aux tons de vert, bleu et blanc. Des bancs plutôt bas adossés à de grandes fenêtres en bois.

Les momos – sorte de raviolis fourrés aux légumes ou à la viande de yack – sont aussi succulents que la dernière fois. Enfin, succulent est un bien grand mot.

Émilie : « Papa, j'ai envie de pipi. »

Elle se rend aux toilettes avec maman.

« Papa, je n'ai plus envie. Je vais attendre à l'hôtel. »

Pauvre Émilie. Introduite aux toilettes népalaises à 4 ans. Un supplice. Un calvaire. Et elle n'a encore rien vu...


Photo 1: Des chandelles veillent sur la ville à l'heure de pointe du soir à Katmandou. Photo Marco Fortier.

Photo 2: Le mont Everest se profile, loin, très loin par le hublot du Boeing qui nous emmène au Népal. Photo Marco Fortier.

Photo 3: Ça joue du coude dans les rues étroites de la vieille ville de Katmandou.Photo Marco Fortier.

Photo 4: Bouddha vous regarde dans un des nombreux temples de Katmandou.Photo Marco Fortier.


* Frame: structure.

** Drive: énergie.

*** Bobettes: petites culottes.

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