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A propos de l'auteur

Marco Fortier

Marco Fortier est un chroniqueur politique reconnu au Québec. En temps normal, il œuvre pour Le Journal de Montréal, le plus important quotidien du Québec. Mais depuis le 24 janvier 2009, son employeur a décrété un lock-out (ça existe en Amérique!) et a mis 253 employés sur le trottoir. Les journalistes ont répliqué en créant leur propre site d'information sur le Net, Rue Frontenac.com. Marco Fortier a décidé de profiter de ce moment difficile pour réaliser un vieux rêve : faire le tour de l'Asie en un an avec sa femme et ses deux enfants. Il nous a permis de reprendre ses chroniques de voyage sous forme de blog sur LeCoinBio.com


Au-dessus des nuages dans l'Himalaya
Écrit par Marco Fortier   
Mercredi, 25 Novembre 2009 09:10

altC'était un peu fou. Mais on se trouvait bel et bien là, au pied des plus belles montagnes du monde, à entamer une marche de cinq jours dans l'Himalaya avec nos filles de 4 et 6 ans.

Cinq jours avec nos princesses à flirter avec le massif de l'Annapurna, monument de silence au centre du Népal. Je n'ai toujours pas les mots pour décrire une telle majesté. Vous irez voir...

Il faut préciser tout de suite ce que c'est, une randonnée au Népal. Du matin au soir, on grimpe, descend, grimpe, descend, grimpe grimpe grimpe, descend descend, sur un sentier étroit, pierreux et poussiéreux qui s'étire de village en village, frôlant des précipices, traversant jungles et rivières.

On mange mal. Fabuleusement mal. La nuit, on gèle dans des cabanes tout croches et sans chauffage. On a mal aux jambes. On se sent loin, isolé, aucune route, aucune voiture, peu d'électricité.

Pour des adultes, une simple randonnée. Pour des petits enfants ? J'avais un peu le vertige pour Émilie et Marianne. Mais elles ont l'habitude des projets de fou de leurs parents. L'appel de la montagne semblait plus fort que tout. Depuis nos deux expéditions au Népal, il y a une décennie, Isabelle et moi rêvions juste de revenir un jour avec nos filles.

Les maniaques de plein air vont comprendre. Les montagnes du Népal, c'est une drogue dure. On y touche une fois, on devient accro pour la vie. On entre dans la beauté, dans la contemplation, dans le plaisir de l'effort, dans la découverte de l'autre et de soi. Dans l'aventure.

Sur le chemin des princesses

On avait les deux pieds dedans. Avec nos filles.

Le monsieur de l'agence de trekking nous a fourni un guide et un porteur en étant convaincu qu'on reviendrait en pleurant le premier soir. C'est notre guide qui nous l'a avoué, à la fin de la randonnée.

Dipak et Dil, nos accompagnateurs, ont paru surpris en voyant Marianne et Émilie prendre d'assaut le sentier. Il y a de quoi amuser les enfants: on croise des caravanes d'ânes transportant des marchandises, on croise des voyageurs à dos de poney, on croise des singes, des poules, des coqs, des chèvres, des chiens, des araignées, des fourmis, des papillons... Tant de distractions qu'on en oublie les hauts et les bas du parcours.

Et puis, en cas de fatigue, on embarque dans le panier de Dil: notre porteur a aménagé un dokho sur mesure où les filles peuvent s'asseoir à tour de rôle pour franchir les pentes les plus abruptes.

Cette monture de princesse ne passe pas inaperçue. Les gens ne voient pas souvent des petites blondinettes aux yeux bleus ou verts voyageant à dos de porteur à 3 000 mètres d'altitude.

Sans avoir besoin de se parler, les enfants cliquent tout de suite entre eux. Nos filles découvrent vite le jeu le plus répandu ici: le lancer de la fleur. On arrache en secret une fleur qui pousse chez le voisin et on se la lance, pieds nus ou en gougounes sur le roc...

Dès le premier soir, en « savourant » un daal bhat (riz, lentilles et curry de légumes, le plat national) dans le village de Tikhedunga perché à flanc de colline, le verdict des filles était tombé: elles aiment ça, un trek au Népal.

Petits miracles en altitude

Deux nuits plus tard, c'était moins drôle. Indigestion pour les deux filles. Maux de ventre atroces. Émilie a agonisé durant plus d'une heure avant de me couvrir de vomi de la tête aux pieds. Bravo Émilie, quel soulagement, même s'il y en a partout !

— Partout ? Non papa, il n'y en a pas au plafond !

Elle s'est endormie en souriant à poings fermés dans la nuit noire et glaciale. Je t'aime Émilie...

Aux petites heures du matin, j'appréhendais le pire. J'avais aussi le ventre à l'envers. Tout s'est replacé quand j'ai entrouvert la porte: on flottait au-dessus des nuages qui barraient la ligne d'horizon, tout en bas. Le soleil dardait la terrasse où nous attendaient pain, crêpes et chocolat chaud.

Une demi-heure plus tard, autre petit miracle: j'ai vu Marianne débouler tête première, comme au ralenti, dans l'escalier abrupt qui mène à l'étage de notre gîte. Elle s'en est tirée indemne...

Quelques fois, j'ai regretté d'avoir emmené nos filles dans cette galère. Attention Marianne, il y a un groooos précipice à droite. Attention Émilie, un troupeau de chèvres fonce vers nous. Papa, je ne peux pas faire ça dans ce trou-là, ça pue trop c'est DÉGUEULASSE ! Papa j'ai mal au ventre, papa j'ai mal aux jambes, papa j'ai chaud, papa j'ai froid, papa c'est pas bon cette nourriture-là.

Voilà, c'est à peu près ça. Des hauts et des bas. Cinq jours plus tard, au petit matin, nos filles sont parties en trottinant vers Nayapul, destination finale. Elles ont couru toute la journée. Survolé le sentier. Rieuses. Heureuses. Rendant les « namaste » que leur adressaient les Népalais.

Le soir, on a pris une bonne douche chaude à notre hôtel à Pokhara. On s'est payé un festin de spaghetti et de pizza au café Concerto. Le feu de foyer nous réchauffait. On n'a jamais aussi bien dormi.

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