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C'était un peu fou. Mais on se trouvait bel et bien là, au pied des plus belles montagnes du monde, à entamer une marche de cinq jours dans l'Himalaya avec nos filles de 4 et 6 ans.
Cinq jours avec nos princesses à flirter avec le massif de l'Annapurna, monument de silence au centre du Népal. Je n'ai toujours pas les mots pour décrire une telle majesté. Vous irez voir...
Il faut préciser tout de suite ce que c'est, une randonnée au Népal. Du matin au soir, on grimpe, descend, grimpe, descend, grimpe grimpe grimpe, descend descend, sur un sentier étroit, pierreux et poussiéreux qui s'étire de village en village, frôlant des précipices, traversant jungles et rivières.
On mange mal. Fabuleusement mal. La
nuit, on gèle dans des cabanes tout croches et sans chauffage. On a mal
aux jambes. On se sent loin, isolé, aucune route, aucune voiture, peu
d'électricité.
Pour des adultes, une simple randonnée.
Pour des petits enfants ? J'avais un peu le vertige pour Émilie et
Marianne. Mais elles ont l'habitude des projets de fou de leurs
parents. L'appel de la montagne semblait plus fort que tout. Depuis nos
deux expéditions au Népal, il y a une décennie, Isabelle et moi rêvions
juste de revenir un jour avec nos filles.
Les maniaques de plein air vont
comprendre. Les montagnes du Népal, c'est une drogue dure. On y touche
une fois, on devient accro pour la vie. On entre dans la beauté, dans
la contemplation, dans le plaisir de l'effort, dans la découverte de
l'autre et de soi. Dans l'aventure.
Sur le chemin des princesses
On avait les deux pieds dedans. Avec nos filles.
Le monsieur de l'agence de trekking nous
a fourni un guide et un porteur en étant convaincu qu'on reviendrait en
pleurant le premier soir. C'est notre guide qui nous l'a avoué, à la
fin de la randonnée.
Dipak et Dil, nos accompagnateurs, ont
paru surpris en voyant Marianne et Émilie prendre d'assaut le sentier.
Il y a de quoi amuser les enfants: on croise des caravanes d'ânes
transportant des marchandises, on croise des voyageurs à dos de poney,
on croise des singes, des poules, des coqs, des chèvres, des chiens,
des araignées, des fourmis, des papillons... Tant de distractions qu'on
en oublie les hauts et les bas du parcours.
Et puis, en cas de fatigue, on embarque
dans le panier de Dil: notre porteur a aménagé un dokho sur mesure où
les filles peuvent s'asseoir à tour de rôle pour franchir les pentes
les plus abruptes.
Cette monture de princesse ne passe pas
inaperçue. Les gens ne voient pas souvent des petites blondinettes aux
yeux bleus ou verts voyageant à dos de porteur à 3 000 mètres
d'altitude.
Sans avoir besoin de se parler, les
enfants cliquent tout de suite entre eux. Nos filles découvrent vite le
jeu le plus répandu ici: le lancer de la fleur. On arrache en secret
une fleur qui pousse chez le voisin et on se la lance, pieds nus ou en
gougounes sur le roc...
Dès le premier soir, en « savourant » un
daal bhat (riz, lentilles et curry de légumes, le plat national) dans
le village de Tikhedunga perché à flanc de colline, le verdict des
filles était tombé: elles aiment ça, un trek au Népal.
Petits miracles en altitude
Deux nuits plus tard, c'était moins
drôle. Indigestion pour les deux filles. Maux de ventre atroces. Émilie
a agonisé durant plus d'une heure avant de me couvrir de vomi de la
tête aux pieds. Bravo Émilie, quel soulagement, même s'il y en a
partout !
— Partout ? Non papa, il n'y en a pas au plafond !
Elle s'est endormie en souriant à poings fermés dans la nuit noire et glaciale. Je t'aime Émilie...
Aux petites heures du matin,
j'appréhendais le pire. J'avais aussi le ventre à l'envers. Tout s'est
replacé quand j'ai entrouvert la porte: on flottait au-dessus des
nuages qui barraient la ligne d'horizon, tout en bas. Le soleil dardait
la terrasse où nous attendaient pain, crêpes et chocolat chaud.
Une demi-heure plus tard, autre petit
miracle: j'ai vu Marianne débouler tête première, comme au ralenti,
dans l'escalier abrupt qui mène à l'étage de notre gîte. Elle s'en est
tirée indemne...
Quelques fois, j'ai regretté d'avoir
emmené nos filles dans cette galère. Attention Marianne, il y a un
groooos précipice à droite. Attention Émilie, un troupeau de chèvres
fonce vers nous. Papa, je ne peux pas faire ça dans ce trou-là, ça pue
trop c'est DÉGUEULASSE ! Papa j'ai mal au ventre, papa j'ai mal aux
jambes, papa j'ai chaud, papa j'ai froid, papa c'est pas bon cette
nourriture-là.
Voilà, c'est à peu près ça. Des hauts et
des bas. Cinq jours plus tard, au petit matin, nos filles sont parties
en trottinant vers Nayapul, destination finale. Elles ont couru toute
la journée. Survolé le sentier. Rieuses. Heureuses. Rendant les
« namaste » que leur adressaient les Népalais.
Le soir, on a pris une bonne douche
chaude à notre hôtel à Pokhara. On s'est payé un festin de spaghetti et
de pizza au café Concerto. Le feu de foyer nous réchauffait. On n'a
jamais aussi bien dormi.
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