Skip to content

Le coin bio

You are here: 
Skip to content

Suivez Le Coin Bio !

A propos de l'auteur

Marco Fortier

Marco Fortier est un chroniqueur politique reconnu au Québec. En temps normal, il œuvre pour Le Journal de Montréal, le plus important quotidien du Québec. Mais depuis le 24 janvier 2009, son employeur a décrété un lock-out (ça existe en Amérique!) et a mis 253 employés sur le trottoir. Les journalistes ont répliqué en créant leur propre site d'information sur le Net, Rue Frontenac.com. Marco Fortier a décidé de profiter de ce moment difficile pour réaliser un vieux rêve : faire le tour de l'Asie en un an avec sa femme et ses deux enfants. Il nous a permis de reprendre ses chroniques de voyage sous forme de blog sur LeCoinBio.com


Chez grand-papa et grand-maman Budhatoki
Écrit par Marco Fortier   
Mardi, 08 Décembre 2009 10:12

altPAUNYATAR, Népal - On s’était promis de ne pas faire un voyage de « touristes ». Nous avons trouvé une famille népalaise qui a accepté de nous héberger.

Rien de plus facile que de trouver une famille prête à accueillir quatre aventuriers canadiens. On demande à un ami d’un ami qui connaît un ami… Ça s’est réglé en une demi-journée.

Nous voici donc dans le village de Paunyatar, en banlieue lointaine de Katmandou. La famille Budhatoki nous ouvre les portes de sa maison tout en béton dans ce qui est encore la campagne, mais qui deviendra la ville dans un an ou deux tout au plus.

Les maisons de trois étages remplacent peu à peu les vaches, les chèvres et les plantations de légumes autour des terres cultivables de la famille Budhatoki. L’université de Katmandou prévoit même y implanter un campus à cinq minutes de marche, dans le champ en bas de la pente.

Pour l’instant, c’est encore la campagne. Paisible. Un brin insouciante. Tôt le matin, la vache de la famille Budhatoki vient brouter l’herbe scintillante de rosée, sous le soleil qui fait monter la brume. Pour le lait, la vache. Ici, on ne mange pas de bœuf, animal sacré.

Ah ! oui, faut que je vous dise : huit membres du clan habitent la demeure familiale, dont grand-papa et grand-maman Budhatoki, fervents pratiquants de l’hindouisme. Ils vouent un culte discipliné à Vishnou.

Grand-papa, grand-maman et leurs voisins du même âge arborent un signe distinctif au front : des lignes peintes en rouge et blanc. Ça me rappelle les marqueurs sur les sentiers de grande randonnée en Corse et dans les Pyrénées. Mais on est loin, très loin de l’Europe ou du Québec, ici…

altPour l’instant, c’est encore la campagne. Paisible. Un brin insouciante. Tôt le matin, la vache de la famille Budhatoki vient brouter l’herbe scintillante de rosée, sous le soleil qui fait monter la brume. Pour le lait, la vache. Ici, on ne mange pas de bœuf, animal sacré.

Visite guidée

Pour l’instant, revenons dans le village de Paunyatar, chez la famille Budhatoki, qui se décrit comme issue de la classe moyenne. Classe moyenne très, très supérieure, je dirais. Chhetris, une caste noble. Propriétaires terriens. Papa Budhatoki, 35 ans, est un leader du village.

Curieux comme vous êtes, vous voulez tout savoir : oui, ils ont l’électricité, la télé par satellite, le téléphone, deux réchauds au gaz dans la cuisine et même un laptop de marque Acer dans le salon (qui est aussi la chambre des fillettes de 6 et 8 ans et de leur tante de 27 ans), pour jouer aux cartes. Mais pas Internet.

La famille Budhatoki se déplace à pied, en moto ou dans son gros 4X4 de marque Tata fabriqué en Inde. Mais elle doit marcher avant de rouler : son « quartier » n’a pas de rue, qu’un sentier très étroit qui serpente à travers champs. Tant mieux : les enfants peuvent courir sans risquer de se faire écrapoutir par une voiture de taxi ou par une moto, comme partout ailleurs en ville. Et on a congé de klaxons. Sont maniaques* du klaxon, les Népalais.

La famille Budhatoki se soulage dans deux toilettes turques. Ma mère ne mettrait jamais les pieds dans ces toilettes – elle ne mettrait jamais les pieds au Népal, point – pour cause d’insalubrité généralisée, mais après un mois ici, je peux vous dire que la maison est plus propre que la moyenne. C’est juste différent de chez nous, disons. On ne gaspille pas le Spic and Span et l’eau de Javel au Népal.

altLe langage des enfants

Et la famille Fortier, dans tout ça ? Marianne et Émilie sont devenues amies avec Ritika, 8 ans, Reshika, 6 ans, et leurs 22 petits voisins en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « namaste ». Les enfants parlent tous le même langage : corde à danser, ballon de soccer, fous rires, crayons à colorier, jeu de cartes Uno (qui a plus servi ici en deux jours qu’en un an à Montréal). Pour le reste, ça se passe en anglais plus ou moins baragouiné.

On est tellement contents de voir nos filles jouer avec les petits Népalais ! On se croirait dans la ruelle de la rue Saint-Gérard, dans le quartier Villeray, à Montréal.
De notre côté, Isabelle et moi faisons connaissance avec le reste de la maisonnée. Une chance qu’Aatma (26 ans) et sa sœur Sanjhana (28 ans) parlent anglais parce que les autres membres de la famille s’expriment uniquement en népalais.

Traditions ancestrales

J’avoue que grand-papa et grand-maman, ceux qui portent un signe de grande randonnée dans le front, me fascinent particulièrement. Grand-papa et grand-maman Budhatoki s’acharnent à vivre comme il y a 500 ans. Ils me font sourire. Le reste des membres de la famille, le nez collé à l’écran de télé et l’oreille à leur téléphone mobile, se plient avec plus ou moins de joie aux traditions ancestrales.

Grand-papa et grand-maman se lèvent avant le soleil, au son d’une clochette, pour prier Vishnou dans la pièce tenant lieu de « temple », au deuxième étage. Ils ne mangent que de la nourriture végétarienne préparée par eux (dans les faits, par grand-maman) chez eux. Jamais au resto. Et toujours entre eux seulement. Ils ne prennent jamais un repas en présence de leurs enfants et petits-enfants tout aussi hindouistes qu’eux, mais qu’ils considèrent comme impies. Encore moins avec les étrangers qui ont envahi leur demeure…

altIsabelle et moi avons déduit, au fil du temps, que grand-papa et grand-maman Budhatoki refusent systématiquement qu’on les touche ou même qu’on approche d’eux. Pour eux, issus de la caste dirigeante des Chhetris, nous sommes comme des Dalits, les Intouchables qui stagnent depuis des siècles dans les bas-fonds de l’échelle sociale, en Inde comme au Népal.

Au moins, ils nous accueillent généreusement et amicalement chez eux. Un Dalit ne franchirait jamais la porte de leur demeure.

Grand-papa et grand maman Budhatoki mangent par terre, sans ustensiles, avec leurs mains. Les Népalais mangent généralement avec leurs mains. Vite. Sans cérémonie. J’aime les voir manipuler le riz et les lentilles avec leurs doigts transformés en cuillère.

Les enfants aussi mangent par terre, avec leurs mains. Les hommes, eux, mangent avec leurs mains, mais à table. Et Sanjhana, la grande sœur de 28 ans, mange à table avec une cuillère. Probablement parce qu’elle a des invités du Canada.

Et Tulsha, la mère des fillettes ? Elle mange seule dans son coin, dehors, à la terrasse, après avoir fait la vaisselle, la lessive, le ménage. Certaines traditions ont la vie dure au Népal.

Allez, je vous laisse, mon daal bhat m’attend à la cuisine. Je vous reparle bientôt de grand-papa et grand-maman Budhatoki et de leur famille.


Photo 1: Pour le lait, il y a la vache. Photo Marco Fortier.

Photo 2: Le clan Budhatoki pose devant la maison familiale à Paunyatar. Photo Marco Fortier.

Photo 3: Reshika, Ritika, Marianne et Émilie parlent toutes le même langage : celui du jeu et des sourires. Photo Marco Fortier.

Photo 4: Grand-papa Budhatoki, très généreux et accueillant même s’il peine à comprendre ces Canadiens qui ont débarqué chez lui. Photo Marco Fortier.


* Maniaques = amateurs

Commentaires (0)Add Comment

Ecrivez un commentaire
quote
bold
italicize
underline
strike
url
image
quote
quote
smile
wink
laugh
grin
angry
sad
shocked
cool
tongue
kiss
cry
Réduire l'éditeur | Agrandir l'éditeur

busy