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A propos de l'auteur

Marco Fortier

Marco Fortier est un chroniqueur politique reconnu au Québec. En temps normal, il œuvre pour Le Journal de Montréal, le plus important quotidien du Québec. Mais depuis le 24 janvier 2009, son employeur a décrété un lock-out (ça existe en Amérique!) et a mis 253 employés sur le trottoir. Les journalistes ont répliqué en créant leur propre site d'information sur le Net, Rue Frontenac.com. Marco Fortier a décidé de profiter de ce moment difficile pour réaliser un vieux rêve : faire le tour de l'Asie en un an avec sa femme et ses deux enfants. Il nous a permis de reprendre ses chroniques de voyage sous forme de blog sur LeCoinBio.com


Au pays des temples d'or
Écrit par Marco Fortier   
Mercredi, 10 Février 2010 09:12

altJe lis vos réactions et je dois faire une mise au point: on ne serait jamais allés au Myanmar si on avait eu le moindre début d'ombre d'un doute quant à la sécurité de nos enfants.

On a rencontré d'autres voyageurs arrivant du Myanmar. Ils étaient unanimes: allez-y. Le régime birman n'aime pas les journalistes, mais il adore les touristes. Ma conjointe, nos enfants et moi sommes allés au Myanmar en touristes, pas comme journalistes. On n'a jamais sorti nos calepins de notes en public (on griffonnait fort dans nos chambres d'hôtel). On n'a mené aucune activité susceptible de nous faire « démasquer ». Aucune entrevue avec des représentants de partis politiques, par exemple. On a aussi attendu d'avoir quitté le pays avant d'écrire, par mesure de sécurité. Bref, nos enfants n'ont jamais été menacées. Au contraire, elles ont été cajolées et couvertes de cadeaux durant 27 jours.

Notre passage au contrôle des passeports, à l'aéroport de Yangon, a donné le ton : tous les agents, sans exception, étaient des femmes au sourire grand comme ça. Elles ont blagué avec Marianne et Émilie, leur ont fait des guili-guili. On ne nous a posé aucune question, on ne nous a imposé aucune fouille.

Dès notre première sortie en ville, le lendemain matin, on a tout de suite eu l'impression qu'on était plus que bienvenus : « Merci d'être là », nous a dit un vieux monsieur, dans un anglais approximatif, en marchant à nos côtés sur le trottoir. Il nous a serré la main. Puis il est reparti, lentement, sous le soleil qui frappait fort même au petit matin.

Les Birmans veulent voir des étrangers. Leur parler. Leur poser des questions. Ils veulent aussi qu'on sache ce qui se passe chez eux. Les touristes se font rares depuis les violences de l'automne 2007 – les militaires avaient tiré sur des moines qui manifestaient contre la hausse du prix de l'essence – et le cyclone dévastateur du printemps suivant.

La plus grande ville du Myanmar ressemble à La Havane, les touristes en moins, avec ses vieux immeubles coloniaux, ses bazous rafistolés et ses palmiers qui s'agitent dans l'air tropical.

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Les affiches de propagande socialiste font partie du paysage cubain, mais ici, les panneaux publicitaires montrent des vêtements, des bijoux, des vedettes. Aucun slogan ne fait l'éloge des généraux qui dirigent le Myanmar d'une main de fer.

La pagode en or

On a pris un taxi vers la pagode Shwedagon, au cœur de la ville. C'est le cœur religieux du pays, qui a servi de ralliement lors de tous les événements marquants de l'histoire birmane. C'est ici que le général Bogyoke Aung San a déclaré que la Birmanie devait se battre pour son indépendance, en janvier 1946. Sa fille Aung San Suu Kyi a livré un plaidoyer pour la démocratie devant un demi-million de personnes, en août 1988. Elle a remporté l'élection de 1990 et les généraux l'ont envoyée en prison. Elle demeure toujours en « résidence surveillée » 20 ans plus tard.

La pagode Shwedagon est un gigantesque complexe regroupant des dizaines de temples tous couverts d'or. De véritable or. Hallucinant. Le soleil couchant faisait briller les dômes dorés qui se dressaient vers le ciel. Marianne et Émilie n'en pouvaient plus de s'extasier. Elles aiment ça quand ça brille. Elles étaient servies. Même les statues de Bouddha portaient des soutanes en or.

Des milliers de fidèles marchaient, pieds nus, sur la céramique d'une propreté impeccable qui recouvre le sol. Il faut absolument laisser nos chaussures à l'entrée d'un temple au Myanmar. C'est du sérieux. Les Britanniques ont perdu la Birmanie en grande partie parce qu'ils refusaient d'enlever leurs chaussures avant d'entrer à la pagode Shwedagon. Les Birmans se sont fâchés et ont mis les Anglais dehors.

Des dizaines de jeunes filles savonnaient le sol pour que tout le monde puisse marcher pieds nus. Les gens déposaient des fleurs, des guirlandes, des oranges, des boissons gazeuses et même de l'argent au pied des bouddhas en or. Des fidèles versaient de l'eau sur la tête des bouddhas, pour les protéger de la chaleur accablante. Une immense statue de Bouddha, haute comme une maison à deux étages, avait même droit aux services d'un éventail géant, actionné par un système de cordes et de poulies. Les fidèles se relayaient pour tirer sur la corde et faire de l'air à Bouddha.

On observait ce spectacle d'un œil amusé. La religion n'est pas notre tasse de thé. Mais les Birmans ont peut-être plus besoin de Bouddha que nous.

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Crédits photos: RueFrontenac.com

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