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Je lis vos réactions et je dois faire une mise au point: on ne serait
jamais allés au Myanmar si on avait eu le moindre début d'ombre d'un
doute quant à la sécurité de nos enfants.
On a rencontré d'autres voyageurs arrivant du Myanmar. Ils étaient
unanimes: allez-y. Le régime birman n'aime pas les journalistes, mais
il adore les touristes. Ma conjointe, nos enfants et moi sommes allés
au Myanmar en touristes, pas comme journalistes. On n'a jamais sorti
nos calepins de notes en public (on griffonnait fort dans nos chambres
d'hôtel). On n'a mené aucune activité susceptible de nous faire
« démasquer ». Aucune entrevue avec des représentants de partis
politiques, par exemple. On a aussi attendu d'avoir quitté le pays
avant d'écrire, par mesure de sécurité. Bref, nos enfants n'ont jamais
été menacées. Au contraire, elles ont été cajolées et couvertes de
cadeaux durant 27 jours.
Notre passage au contrôle des passeports, à l'aéroport de Yangon, a
donné le ton : tous les agents, sans exception, étaient des femmes au
sourire grand comme ça. Elles ont blagué avec Marianne et Émilie, leur
ont fait des guili-guili. On ne nous a posé aucune question, on ne nous
a imposé aucune fouille.
Dès notre première sortie en ville, le lendemain matin, on a tout de
suite eu l'impression qu'on était plus que bienvenus : « Merci d'être
là », nous a dit un vieux monsieur, dans un anglais approximatif, en
marchant à nos côtés sur le trottoir. Il nous a serré la main. Puis il
est reparti, lentement, sous le soleil qui frappait fort même au petit
matin. Les Birmans veulent voir des étrangers. Leur parler. Leur poser des
questions. Ils veulent aussi qu'on sache ce qui se passe chez eux. Les
touristes se font rares depuis les violences de l'automne 2007 – les
militaires avaient tiré sur des moines qui manifestaient contre la
hausse du prix de l'essence – et le cyclone dévastateur du printemps
suivant.
La plus grande ville du Myanmar ressemble à La Havane, les touristes
en moins, avec ses vieux immeubles coloniaux, ses bazous rafistolés et
ses palmiers qui s'agitent dans l'air tropical. 
Les affiches de propagande socialiste font partie du paysage cubain,
mais ici, les panneaux publicitaires montrent des vêtements, des
bijoux, des vedettes. Aucun slogan ne fait l'éloge des généraux qui
dirigent le Myanmar d'une main de fer. La pagode en or
On a pris un taxi vers la pagode Shwedagon, au cœur de la ville.
C'est le cœur religieux du pays, qui a servi de ralliement lors de tous
les événements marquants de l'histoire birmane. C'est ici que le
général Bogyoke Aung San a déclaré que la Birmanie devait se battre
pour son indépendance, en janvier 1946. Sa fille Aung San Suu Kyi a
livré un plaidoyer pour la démocratie devant un demi-million de
personnes, en août 1988. Elle a remporté l'élection de 1990 et les
généraux l'ont envoyée en prison. Elle demeure toujours en « résidence
surveillée » 20 ans plus tard. La pagode Shwedagon est un gigantesque complexe regroupant des
dizaines de temples tous couverts d'or. De véritable or. Hallucinant.
Le soleil couchant faisait briller les dômes dorés qui se dressaient
vers le ciel. Marianne et Émilie n'en pouvaient plus de s'extasier.
Elles aiment ça quand ça brille. Elles étaient servies. Même les
statues de Bouddha portaient des soutanes en or.
Des milliers de fidèles marchaient, pieds nus, sur la céramique
d'une propreté impeccable qui recouvre le sol. Il faut absolument
laisser nos chaussures à l'entrée d'un temple au Myanmar. C'est du
sérieux. Les Britanniques ont perdu la Birmanie en grande partie parce
qu'ils refusaient d'enlever leurs chaussures avant d'entrer à la pagode
Shwedagon. Les Birmans se sont fâchés et ont mis les Anglais dehors.
Des dizaines de jeunes filles savonnaient le sol pour que tout le
monde puisse marcher pieds nus. Les gens déposaient des fleurs, des
guirlandes, des oranges, des boissons gazeuses et même de l'argent au
pied des bouddhas en or. Des fidèles versaient de l'eau sur la tête des
bouddhas, pour les protéger de la chaleur accablante. Une immense
statue de Bouddha, haute comme une maison à deux étages, avait même
droit aux services d'un éventail géant, actionné par un système de
cordes et de poulies. Les fidèles se relayaient pour tirer sur la corde
et faire de l'air à Bouddha.
On observait ce spectacle d'un œil amusé. La religion n'est pas
notre tasse de thé. Mais les Birmans ont peut-être plus besoin de
Bouddha que nous. 
Crédits photos: RueFrontenac.com
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