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A propos de l'auteur

Marco Fortier

Marco Fortier est un chroniqueur politique reconnu au Québec. En temps normal, il œuvre pour Le Journal de Montréal, le plus important quotidien du Québec. Mais depuis le 24 janvier 2009, son employeur a décrété un lock-out (ça existe en Amérique!) et a mis 253 employés sur le trottoir. Les journalistes ont répliqué en créant leur propre site d'information sur le Net, Rue Frontenac.com. Marco Fortier a décidé de profiter de ce moment difficile pour réaliser un vieux rêve : faire le tour de l'Asie en un an avec sa femme et ses deux enfants. Il nous a permis de reprendre ses chroniques de voyage sous forme de blog sur LeCoinBio.com


Vacarme au Vietnam
Écrit par Marco Fortier   
Vendredi, 19 Mars 2010 18:06

altHANOI, Vietnam

Ce pays me bouscule, m’agresse, me casse les oreilles, me sort de ma zone de confort. Mais je ne suis pas pressé de le quitter.

On est toujours déstabilisé en débarquant dans un pays inconnu, même après cinq mois sur la route en Asie. Le choc a été brutal au Vietnam.

Il y a trop de monde dans ce pays. Trop de motos. Trop de klaxons. Trop de vroum-vroum. Trop de boum-boum. Trop de télés qui jouent à tue-tête. Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est le vacarme, chanterait sans doute Gilles Vi Nguyen, s’il existait.

Nous sommes arrivés à Hanoi en pleins préparatifs de la fête du Têt, le Nouvel an vietnamien. C’était surréaliste. Comme la veille de Noël à la puissance 1000.


Les trois millions de motos d’Hanoi — pour six millions d’habitants — fonçaient à toute allure dans les ruelles étroites de la capitale pour aller acheter des cadeaux, des bonbons, de l’encens, des lanternes porte-bonheur, des fleurs et surtout des litres et des litres de whisky, de scotch, de bière et d’alcool de riz.

On voyait des familles de trois, quatre, cinq personnes perchées sur une moto. Plusieurs transportaient un arbre à kumquat, petit fruit semblable à la clémentine. L’arbre à kumquat est comme le sapin de Noël du Vietnam. Il décore les maisons durant le temps des Fêtes.

Chaque centimètre carré de chaussée était pris d’assaut par la marée motorisée qui se ruait vers la fête. Et nous, il fallait bien qu’on traverse les rues à pied, avec nos sacs à dos. Mais comment ? Sans feux de circulation, sans panneaux d’arrêt, sans traverses pour piétons...

altAu fil des jours, on a appris à faire comme les Vietnamiens. Pour traverser les rues, on fend le flot de véhicules lentement, sans gestes brusques, comme un canot glisse sur l’eau. Par miracle, les motos nous contournent, nous évitent, sans jamais nous toucher.

Ah oui, une fois, quelqu’un m’a touché. Mais je ne m’en suis pas rendu compte. Mon sac en bandoulière était ouvert. Mon portefeuille avait disparu. Moi qui croyais que ça n’arrivait qu’aux autres. J’ai tout perdu, cartes de crédit, cartes de guichet, carte soleil, permis de conduire.

Bing bang boum

La bonne nouvelle, c’est qu’on peut conduire sans permis ici. En tout cas, j’ai loué des motos sans que personne ne me demande jamais mon permis. Ni ma carte de crédit, d’ailleurs.

Vous voulez une moto ? Vous demandez à la madame qui vend des fruits et de l’eau à côté de votre hôtel. Elle va vous prêter sa moto pour la journée en échange d’une somme considérable : 5 $.

Attention, vous devez avoir le cœur solide pour prendre la route. Mon ami Dédé, qui adore les derbys de démolition, serait content ici. J’ai vu trois collisions de motos se produire sous mes yeux, dont deux graves. Bang !

altVous savez ce qu’ils font, les Vietnamiens, quand ça fait bing bang boum ? Ils foncent vers les lieux de l’accident et regardent les blessés, par terre. Ils attendent. En chuchotant, une main sur la bouche.

La plupart du temps, il n’y a pas d’ambulance dans les villages. Et les gens n’appellent jamais la police dans ce pays. Jamais. En aucune circonstance. Tout sauf la police.

L’autre soir, bing bang boum au coin de la rue où on se trouvait, dans une petite ville du centre du pays. Cinq minutes ont passé, puis 10 minutes. Aucuns secours. Deux motos en pièces détachées. Quatre corps inertes. Tout à coup, des parents ou amis d’un des blessés arrivent en hurlant, ramassent l’amoché, l’assoient en équilibre précaire sur une moto et filent à trois sur leur monture, sans casque, dans la nuit noire, vers une clinique médicale, quelque part.

Vingt minutes plus tard, un des blessés n’avait pas été réclamé. « Il est peut-être mort », m’a dit une passante qui baragouinait l’anglais.

Il est peut-être mort. Peut-être que oui, peut-être que non. On a appris le lendemain qu’il s’agissait d’une jeune femme. Elle n’était pas morte. Elle était défigurée.

Ce pays me bouscule, m’agresse, me sort de ma zone de confort. Pour le pire et surtout pour le meilleur, vous verrez.


Photo 1: Étalage de friandises à Hanoi la veille de la fête du Têt. Photo Rue Frontenac.

Photo 2: Lanternes et autres décorations pour orner les maisons au Têt. Photo Rue Frontenac.

Photo 3: Il faut avoir les nerfs solides pour conduire une moto au Vietnam. Photo Rue Frontenac.

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